
Description du projet
Devant le portail de la Catedral de Santa María, à Ciutadella, trois marches de calcaire montent vers une porte de bois vert sombre. La pierre est creusée, arrondie, polie par des siècles de pas — chaque strate use l’arête de la précédente. Au-dessus, le bois massif ferme le seuil d’une note profonde qui répond à l’ocre chaud du calcaire en pleine lumière. Ce que ces marches gardent, c’est un geste : le pas qui franchit, répété depuis que l’homme bâtit des seuils sur cette île. Deux mille cinq cents ans plus tôt, à quelques kilomètres de là, on passait déjà la même pierre au seuil du village talayotique. Le pied reconnaît ce que l’œil ne voit plus. Photographie réalisée à Minorque, dans une écriture d’auteur qui lit le territoire par ses seuils — ici, la mémoire du franchir déposée dans la pierre elle-même.