

Description du projet
Au-delà des pierres éboulées, au-delà des oliviers, une colonne se tient dans son enclos. On l’aperçoit d’abord de loin, entre les troncs, une forme claire derrière un mur de pierre sèche : la campagne a repris le terrain du village, mais elle n’a pas touché à cela. De près, le monument se dresse seul contre le ciel, son fût de calcaire portant la dalle horizontale, l’ensemble usé par vingt-cinq siècles de vent et de pluie.
Ces colonnes soutenaient des toits. On dressait le fût, on posait une dalle dessus, on couvrait l’espace ainsi porté. Torre d’en Galmés, le plus grand village préhistorique de Minorque avec ses 66 000 mètres carrés, en compte plusieurs, dans les pièces adossées aux maisons circulaires du versant sud. Certaines conservent encore leur toiture de dalles. Celle-ci a perdu la sienne. Il n’y a plus rien au-dessus d’elle, et pourtant elle tient sa charge, comme le seuil de la maison voisine tient encore son passage sans maison derrière. Photographie réalisée à Minorque, dans une écriture d’auteur qui lit le territoire par ses seuils — ici, ce qui reste debout quand ce qu’il portait a disparu.