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Le jour où Genève s’est arrêtée

Il a suffi d’une nuit de neige pour arrêter une ville qui n’a plus l’habitude de s’arrêter.

En mars 2018, une chute de neige exceptionnelle a immobilisé Genève. Les trams, d’ordinaire si réguliers, se sont figés sur leurs rails. À la Place de Neuve, l’un d’eux est bloqué ; le 18, en direction du CERN, avance au pas dans la tempête. Sur le quai, une femme attend, seule, emmitouflée — minuscule devant la masse blanche du tram arrêté.

Tram bloqué sous une neige épaisse à la Place de Neuve à Genève, une femme seule attendant à l'arrêt, mars 2018

Plus haut, au parc des Bastions, la neige a rejoint les réformateurs. Les quatre figures de pierre, d’ordinaire sévères, portent chacune un manteau blanc sur les épaules et les bras. La neige les adoucit, presque les humanise — comme si l’hiver avait posé sur elles la même charge que sur tout le monde.

Les quatre statues du Mur des Réformateurs de Genève couvertes de neige, mars 2018

D’un côté la ville moderne, arrêtée net ; de l’autre les figures anciennes, indifférentes, qui ont déjà vu passer des siècles d’hivers. La neige met tout au même niveau — les trams et les statues, ceux qui attendent et ceux qui veillent. Elle ne dure jamais longtemps à Genève. Dès le lendemain, les rails seront dégagés, les épaules de pierre à nouveau nues, et la ville aura oublié qu’elle s’était tue.