Depuis un an, je photographie des passages. Pas des lieux, pas des portraits : des passages. Le moment bref où un corps traverse la Vieille-Ville de Genève et où, l’espace d’une seconde, il touche la pierre qui lui survivra. C’est le sujet d’une série que je mène en parallèle de mes livres, et qui s’appelle De Passage.

Cette image en dit long sur ce que je cherche. Une main sort du noir et se pose contre le bord d’une porte. Le bras est nu, la chair éclairée — mais le corps reste dans l’ombre du dedans, invisible. On ne saura pas qui c’est. C’est précisément le point : dans De Passage, la figure n’est jamais identifiable. De dos, en profil perdu, fragmentée par le cadre — ou ici, réduite à une seule main issue de l’obscurité.
Cet anonymat n’est pas une contrainte technique, c’est le cœur du projet. Ce qui m’intéresse n’est pas la personne, mais le geste : le contact entre un corps de passage et une ville qui demeure. Nous traversons des rues taillées il y a des siècles ; nous posons la main sur des portes plus vieilles que nous ; nous franchissons des seuils que d’autres ont franchis avant, que d’autres franchiront après. La ville enregistre ces passages sans les retenir. Moi, je tente d’en garder la trace le temps d’une image.
La ville demeure ; nous ne faisons qu’y passer. C’est ce déséquilibre que je photographie.
De Passage prolonge un travail commencé avec Ce que le Temps Laisse, où je photographiais la Vieille-Ville vidée de ses figures — la pierre seule, ce que le temps abandonne. Cette nouvelle série y réintroduit le corps humain, mais fugace, anonyme, en train de disparaître. Là où le premier livre montrait ce qui reste, celui-ci montre ce qui passe. Les deux se répondent : l’un est l’envers de l’autre.
Le travail est en cours. Les images se construisent une à une, au fil des séances, et se déploient sur le site dédié au projet.
Découvrir la série complète : De Passage sur geneve.photo.