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Vers la Treille

Ils ont déjà rejoint la lumière. Je suis resté dans l’ombre du passage, pour voir la scène s’ouvrir.

Vue depuis le passage entre une colonne du portique de la Treille et le mur de l'Hôtel de Ville de Genève : deux passants abordant la promenade de la Treille, ses marronniers en fleurs et son banc de bois, ouvrant sur les Bastions

Depuis la rue Henri-Fazy, le trottoir se glisse entre une colonne du portique de la Treille et le mur de l’Hôtel de Ville. Je suis resté dans cet interstice de pierre et d’ombre, à dessein — pour laisser le regard filer vers la lumière, là où la promenade s’ouvre sous les marronniers en fleurs, le long du vieux banc de bois.

Deux personnes sont déjà là-bas, de dos, presque sur la promenade. Elles ont quitté l’ombre du passage ; moi non. C’est cet écart qui fait l’image : eux dans la clarté, abordant la Treille, et le cadre de pierre resté en retrait qui les encadre. Deux silhouettes qui s’avancent vers les arbres, comme d’autres depuis des siècles, sans qu’on voie leurs visages.

Au bout, la promenade s’ouvre en grand : les Bastions devant, le Salève à gauche, le Jura à droite. L’étroitesse de pierre où je me tiens ne fait qu’annoncer cette ampleur — les montagnes qui ferment l’horizon, les marronniers qui fleurissent chaque printemps, les gens qui passent. La ville a bâti le seuil ; la vue, elle, était là bien avant.